Et si notre âme se cachait dans une petite goutte d’eau ?

Connaissez-vous l’histoire de la goutte d’eau ? C’est un joli conte que je vous propose aujourd’hui.

Je ne l’ai pas écrit personnellement, même si je le trouve très poétique !

Il circule sur le net et il mérite qu’on s’y attarde quelques instants…

Voici donc l’histoire de la petite goutte d’eau, qui peut être vue comme l’histoire de notre âme. C’est une vision différente.

Pourquoi pas ?

Goutte d’eau
La goutte d’eau peut-être facilement assimilée à l’histoire de notre âme

   Elle reposait là, dans son nuage, profondément endormie du sommeil de l’enfant avant de naître, sans rêve, inconsciente au milieu de ses petites sœurs qui, comme elle, se laissaient porter au gré des vents.

   Au bout d’un moment (mais comment le situer, tellement le temps semble flou quand on est dans un nuage ?), elle sentit, plus qu’elle ne vit, certaines de ses sœurs sauter dans le vide et se mettre à voler. Quelle aventure et quelle audace !

Au bout d’un moment la goutte d’eau sentit, plus qu’elle ne vit, certaines de ses sœurs sauter dans le vide et se mettre à voler. Quelle aventure et quelle audace !

   Puis soudain, par un appel du temps, une bouffée d’air plus chaud, juste à sa température, (par le souffle léger d’un vent facétieux), elle sut que c’était son tour d’entrer en scène : elle sauta donc, quittant cette demeure douillette qui la berçait si bien. Elle prenait naissance, elle redevenait elle-même dans sa forme parfaite.

   Elle était pluie, elle était goutte d’eau – oh pardon ! “ Lady ” Goutte d’Eau (si jeune et déjà si coquette).

   Le vol se passa sans encombre, merci !

   Chemin faisant, elle se para de sa plus belle robe, d’une pureté et d’une limpidité sans pareilles (de la “ haute goutture “ ) et la perfection de sa silhouette (incongrûment qualifiée par certains “ d’aérodynamisme “ ) lui permit de se poser en douceur sur le sommet d’une montagne qui, comme par hasard, passait aux alentours.

   “ Quel monde merveilleux que celui-ci ! “, se dit notre jeune Lady. “ Ces paysages, cette végétation, cette douce musique… ah, et ce soleil ! Ce monde est fait pour mon bonheur de goutte d’eau. Oh, mais je sens que je vais bien m’amuser ici. Et si j’osais ? Allez… “

   N’y tenant plus, se laissant doucement rouler au flanc de la montagne, elle entreprit de visiter ce nouveau mon de où l’attendaient, elle le savait, de très belles aventures.

  

Lady Goutte d’Eau

A peine avait-elle fait quelques “ roulades “ qu’elle se trouva nez à nez (et pour cause !) avec le plus beau, le plus exquis, le plus merveilleux des êtres de cette montagne : un Parfum. Son premier parfum (pensez donc !). Oh, et quel parfum ! Tant de douceur, tant de grâce et de volupté… il vous caresse et vous enlace, à vous faire tourner la tête, si capiteux et si discret, il vous charme et se volatilise pour mieux revenir et vous envahir.

  “ – Ohé, Monsieur le Parfum, appela Lady Goutte d’Eau. J’aimerais tant conserver sur moi un peu de te fragrance pour orner ma fraîcheur durant mes promenades. Pourrais-tu m’en donner un peu, dis Monsieur ?

–   Pour moi sera tout le plaisir, adorable Lady, répondit le Parfum. Mais à mon tour, si j’osais, m’accorderais-tu un peu de ton eau ? Tu es si belle et si limpide ! Cela m’éviterait, vois-tu , de m’évaporer à jamais au premier courant d’air venu “.

   Aussitôt dit, aussitôt fait; et tous deux poursuivirent leur chemin, notre goutte d’eau toute guillerette (et, avouons-le, un tout petit peu ivre) et Monsieur Parfum plus confiant… de se savoir moins évanescent.

   Dans sa joie, sa beauté et son insouciance, qu’importait à la goutte d’eau de savoir qu’en cet instant précis, elle venait de se perdre une partie – oh bien sûr, très infime – de sa pureté, et ce faisant, d’entamer un processus bien connu sous le nom d’entropie et qui régit tout ici-bas.

Monsieur “Rouge“

   Mais laissons ces considérations barbares pour de tendres oreilles de goutte d’eau (!) et rejoignons-la alors qu’elle s’apprête à faire sa deuxième rencontre passionnante : cette fois, il s’agit de Monsieur “ Rouge “.

   Elle en fut lit-té-ra-le-ment éblouie ! Ce rouge était d’une beauté à vous couper le souffle. D’ailleurs, elle en resta coite et l’aurait bien laissé passer, s’il ne s’était lui-même attardé à parader devant elle. Il la trouvait décidément fort jolie, cette petite goutte d’eau, et s’enquit d’elle ainsi :

   –  “ Eh, Madame Goutte d’Eau…

   – Mademoiselle ! lança-t-elle interloquée.

   – Oh, pardon ! Mademoiselle… Votre robe, vos atours, jusqu’à votre parfum (eh oui, car maintenant, c’était devenu son parfum !) sont fort attrayants et vous vont à ravir. Que n’ai-je moi aussi, se plaignit-il, un peu de votre eau afin de me diluer et d’être moins aveuglant pour vous autres, les gouttes d’eau, qui me croisez en chemin !… D’ailleurs, si je vous disais que pas plus tard que l’autre jour… ”

   Et laissant là cette anecdote à jamais captivante, il ajouta :

   “ …Mais j’y pense à présent – si je puis me permettre – un peu de ma couleur relèverait encore les traits si délicats de votre visage et vous rendrait, à n’en point douter, de toutes les gouttes d’eau la plus séduisante “ .

   A vrai dire, le premier choc passé, notre goutte d’eau qui jusqu’à cet instant n’avait toujours dit mot, mourait elle-même d’envie d’avouer à Monsieur Rouge un pareil penchant.

   Ils s’embellirent donc de leur pureté réciproque et s’est ainsi parée qu’un peu plus bas, Lady Goutte d’Eau fit la rencontre de la Fleur.

   Là encore, ce fut l’extase !

   Cet être si majestueux, si délicat, élégamment perché au sommet de sa longue tige, épanoui, multicolore, exhalant des parfums si nouveaux, tout cela paraissait l’apogée de la beauté.

   De leurs paroles exactes, nous n’avons aucune trace que le souvenir (discrètement oublié) des chuchotements d’un amour qui compta, nous dit-on, parmi les plus intenses de notre chère Lady… Mais observons-la plutôt, “ noyée “ (!) de bonheur et scintillante de pollen, alors qu’en contrebas, attiré par son chant mélodieux, elle s’éprit follement de Monsieur Rossignol…

   De leur liaison, la galanterie voulut qu’il lui laissât en gage quelques effets de son plumage qu’elle accepta de bonne grâce car le temps, si clément en haut de la montagne, commençait à fraîchir le long de son versant.

   Bien d’autres habitants merveilleux de ce nouveau monde lui rendant l’hommage dû à sa jeune beauté, on imagine assez que notre goutte d’eau, éblouie et comblée par ces nouvelles rencontres, s”’enrichissant à chaque fois d’un peu de leur attrait, se sépara aussi, par touches renouvelées, d’une part importante de son eau d’origine, si précieuse et si noble.

L’oiseau

   Jouant une seconde au parfum, celle d’après à la fleur, ou encore à l’oiseau, venant à désirer des joies de plus en plus intenses pour satisfaire son enthousiasme, elle trouva sur sa route des compagnons toujours plus entreprenants, et finit, à la longue, par oublier elle-même sa nature d’onde.

   Alourdie par tant d’artifices, ses roulades incertaines se firent chaque fois plus promptes vers le dénivellement et étant maintenant devenue “ solution “, elle sentit poindre en elle une légère “ confusion “.

   Ce fut à ce moment aussi que l’astre de lumière, comme à son habitude en cette fin de saison, disparaissant derrière un col élevé, la plongea dans une ombre qui la fit frissonner.

   Oh bien sûr, la feuille jaunie, la brindille, le caillou, chacun s’employa, à tour de rôle, à la réchauffer, mais aussi ravivée… et à la fois appauvrie du peu qui lui restait de sa nature première, elle retombait, lassée de chaque fois prétendre incarner ce qu’en vérité elle n’était pas.

   Bien vite, des questions l’assaillirent sur sa vie, le but de ce voyage, sa véritable condition et sur son origine. Furtivement, quelque part, elle semblait voir l’image d’un être proche et si lointain, paré (comme elle ?) d’une robe pure et limpide… Océan d’Amour et Pluie de Paix… Mais d’où venait cette mémoire d’un nuage délicieux qui la berçait ?

   Son souvenir s’estompait, et du soleil d’abord, puis d’un parfum diffus, d’une fleur (qui l’aurait rendue tellement heureuse ?) et enfin d’un oiseau, de tous, elle fit ce qu’elle appela ses dieux…

Du soleil d’abord, puis d’un parfum diffus, d’une fleur et enfin d’un oiseau, de tous, la goutte d’eau fit ce qu’elle appela ses dieux…

 

  Elle les adora tous, l’un après l’autre, les cherchant, sans retenue, dans chaque pierre, chaque roseau, chaque arbuste qui se prêtèrent, pour un temps, et par amour pour elle, à ses absurdes rituels destinés, soit-disant, à revivre pleinement les instants mythiques pour leurs passions pour elle.

   Notre pauvre goutte d’eau – ou ce qu’il en restait : cet amalgame difforme et hétéroclite – avait mis toutes ses forces dans cette ultime recherche (mais que signifient Dieu, Amour et Pureté dans une telle froidure ?)

   Désabusée, elle s’y épuisa tant que s’abandonnant tour à tour à la boue, à la jungle et aux ronces – ou était-ce à la tristesse, au chagrin, à la mort ? – elle se prêtait encore à ce simulacre d’amour pour ne plus profiter que du trop court moment où il lui semblait exaltant.

   Repliée sur le néant, empêtrée dans ce miasme… de ce qui fut pureté et de ce qui fut onde, sortit soudain une larme, ultime témoignage de sa prime beauté.

   A ce moment crucial, d’une forêt de miel, majestueusement posée sur le rebord d’un pétale, une goutte de rosée (parée de la plus pure et de la plus limpide robe) héla notre Lady :

Vois ce que je suis; c’est ce que tu étais… et ce que tu seras à nouveau : un océan d’amour à toi seule, un nuage entier de connaissance et une pluie de paix.

   “ Lève tes yeux meurtris et regarde-moi, Lady. Te souviens-tu de moi ? Vois ce que je suis; c’est ce que tu étais… et ce que tu seras à nouveau : un océan d’amour à toi seule, un nuage entier de connaissance et une pluie de paix.

   Cette pureté et cette limpidité sont ce que tu es. Veux-tu être cela ?

   Veux-tu que je t’emmène là où seules les gouttes d’eau claires et parfaites peuvent aller ?

   Alors, qu’as-tu à faire de cette boue qui t’entoure ? A-t-elle encore de l’attrait pour toi ? Ces parcelles de feuilles jaunies et de brindilles sont-elles dignes de toi ?

   Cet oiseau et cette fleur à qui tu tiens tant n’ont jamais été que l’ombre de l’amour que tu leur as porté. Regarde où t’a menée leur culte.

   Même ce parfum et cette couleur, aussi subtils soient-ils, tu verras, te seront superflus là où je t’emmène. Alors, laisse-les donc à ce monde, et pour te transformer garde constamment en toi la clarté de ta conscience d’onde “.

   Perdues dans leur amour, et devenues pour chacun un miroir, Lady Goutte d’Eau et le Goutte de Rosée saluèrent le lever d’un jour nouveau, à l’heure matinale du nectar.

   L’astre de feu, fidèle au rendez-vous et dardant ses rayons sur elles, les vit s’évaporer, puis s’envoler sur un nuage qui passait par hasard… et dont l’histoire nous dit qu’il saurait les bercer.

 

 

FIN

sources :

http://contesetlegendes.canalblog.com/archives/2012/12/05/25743227.html

https://www.estran-giococosi.fr/spectacles/aventures-du-passe/goutte-d-eau/

https://sites.google.com/site/lescygnes63/textes/le-voyage-de-la-goutte-deau

https://unebellefacon.wordpress.com/2015/01/25/plume-de-nuage-conte/

https://unebellefacon.files.wordpress.com/2015/01/cycle-de-leau_conte-plume-de-nuage.pdf  (p6 à 11)

Ce texte en a manifestement inspiré d’autres… Retrouvez une autre version sur le même sujet ici.

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