EMI : interview de Lydie Lefebvre Psychothérapeute

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Il s’agit d’un entretien que j’ai enregistré avec Lydie Lefebvre. Aujourd’hui, Lydie est psychothérapeute. Ce qu’elle nous raconte remonte à de nombreuses années, lorsque’elle a vécu une expérience hors du commun.

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Lydie Lefebvre (psychothérapeute)

 

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Précédemment navigante sur longs courriers pendant 20 ans, elle est devenue psychothérapeute, grâce à une reconversion à l’âge de 40 ans.

Elle a suivi une formation professionnalisante à l’Institut Corbera de Barcelone : https://www.enriccorberainstitute.com/

Ses spécialités : l’Hypnose, la Bio Neuro Emotion et la Psychogénéalogie.

RDV virtuels possibles sur skype + en présentiel dans le 66 (Pyrénées-Orientales)

Contact : email : accompagnementbne[at]gmail.com (remplacer [at] par @)

tél : 07 81 06 20 85

 

 

Transcription :

 

Kristine Jouaux :  Bonjour à tous et à toutes, c’est Kristine, du blog Compréhension santé. Je suis en compagnie de Lydie Lefebvre qui est aujourd’hui psychothérapeute. Elle va vous raconter ce qu’il lui est arrivé alors qu’elle était encore adolescente. On appelle ça une EMI, c’est-à-dire une Expérience de Mort Imminente. Bon voilà, je lui laisse la parole. Bonjour Lydie !

 

Lydie Lefebvre à 16 ans

Lydie Lefebvre : Merci Kristine ! Bonjour ! Je suis donc Lydie Lefebvre. Je suis maintenant psychothérapeute. J’ai 48 ans. Je suis une maman d’un petit garçon adorable. Je témoigne aujourd’hui d’une expérience que j’ai vécue à 16 ans, donc à l’époque où j’étais adolescente.

Pour moi en fait, avant cette expérience, je n’avais jamais entendu parler ni d’expérience de mort imminente ni de NDE. C’était quelque chose qui n’était vraiment, mais alors même pas concevable dans mon esprit. J’avais une vie de lycéenne vraiment, j’étais gymnaste. Je me passionnais pour le sport et je n’étais pas du tout à même d’imaginer ce que j’allais traverser.

 

Kristine Jouaux : Donc à l’âge de 16 ans qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu as été opérée, c’est cela ?

 

Lydie Lefebvre : Alors oui, j’ai subi une intervention qui, normalement, est bénigne, une appendicectomie et crée tout de suite à une crise d’appendicite. Bon, je suis rentrée à l’hôpital la veille de l’opération. Tout s’est passé, pour ce qui est de l’avant, tout à fait normalement. Il n’y a pas d’urgence.

La seule chose, c’est que j’étais extrêmement angoissée. Du coup, j’en avais parlé à une amie de ma grand-mère qui travaillait dans le service qui était aide-soignante et elle m’avait dit : « mais ce n’est rien, on en fait tous les jours. Ce n’est pas grave. Tu verras. Je viendrais te voir après, tu me raconteras. »

Le fait est que, quand elle est revenue, elle était très surprise puisque pour moi c’était une expérience merveilleuse. Elle m’a appris après que ce n’était normalement pas possible puisque lorsqu’on est anesthésié, nous n’avons pas de rêve, pas d’activité au niveau du cerveau qui permette d’avoir des rêves et des souvenirs.

 

Kristine Jouaux : Oui sauf que toi, il t’est arrivé quelque chose pendant l’opération et c’est cela que tu vas nous raconter. C’est bien cela ?

 

Lydie Lefebvre : Voilà ! C’est tout à fait cela. Moi, il s’est passé quelque chose qui n’était vraiment pas prévu et c’est bien ce que je vais vous raconter.

 

Kristine Jouaux : Merci Lydie ! On t’écoute.

 

Lydie Lefebvre : Voilà, je vais te réexpliquer un peu mon histoire d’expérience de mort imminente. J’avais 16 ans. J’avais une bonne santé. Tout allait bien. J’étais opérée d’une appendicite, crise d’appendicite. C’était prévu comme une chose normale, attendue, aucune urgence. Tout allait tout à fait bien.

Lydie Lefebvre jeune femme

Sauf que j’étais très angoissée. J’avais très peur de l’anesthésie. Puis pendant l’opération, je me suis réveillée. L’anesthésie, en effet, n’avait pas l’air de coller avec moi et on a pris un produit plus fort qu’on m’a injecté. Et là par contre, une sensation merveilleuse, une chaleur, un bien-être, une plénitude m’a envahie.

Dans un premier temps en fait, cette sensation, elle très forte. C’est vraiment une sérénité totale. Et cette chaleur, c’est à température idéale. On est vraiment très bien. J’ai ouvert les yeux et j’ai vu en bas mon corps allongé sur une table. D’abord, je n’ai même pas reconnu mon corps. J’étais au-dessus de ma tête. Je regardais ce corps. Je regardais les gens s’affairer. J’étais à peu près à deux, trois mètres au-dessus, trois mètres, oui, et je voyais donc la scène.

J’entendais tout ce qui se disait. Je comprenais absolument tout. Je regarde un peu plus près, je fixais le visage de cette personne allongée et je me suis dit : « mais c’est moi ! » Puis, je me suis dit que ces gens s’occupaient vraiment très bien de moi. Donc du coup, j’en ai profité pour regarder autour.

Alors autour, c’était très sombre. C’était un peu comme si les murs s’étiraient et finissaient en s’assombrissant dans le noir. Cela faisait vraiment comme un mur fondu. C’était très noir, mais par contre on pouvait voir très loin. Cela avait l’air très grand. Puis, j’ai senti une espèce de clarté, une lumière sur ma joue. Donc, j’ai tourné la tête et presque à l’opposé j’ai vu des rayons de lumière très belle, très blanche, un peu moirée, douce, pas du tout éblouissante.

Je me suis rapprochée de cette lumière. Dans cette lumière en fait, j’ai entendu deux personnes se parler. Au départ, j’entendais juste des chuchotements et je ne comprenais rien, donc j’ai eu envie de comprendre un peu plus. J’étais très attirée. J’ai donc avancé. Et quand j’étais vraiment devant cette lumière, cette lumière ressemblait à une paroi. On ne pouvait pas dire que c’était un mur, mais c’est une paroi lumineuse.

Dans la lumière de l’autre côté de ce voile de lumière, il y avait une personne sur la droite, une femme qui a dit : « mais qu’est-ce qu’elle fait là, ce n’est pas l’heure. » Moi, j’ai entendu un homme sur la gauche lui répondre, mais alors-là d’une voix extrêmement posée, calme : « tu as raison, en effet ce n’est pas l’heure. » Et là, j’ai glissé comme dans un toboggan jusque dans mon corps. Je suis rentrée dans mon corps par la tête, comme dans une botte. Fin du rêve.

Le lendemain, donc nous avions une amie qui travaillait dans ce service, une aide-soignante et le lendemain de l’opération, elle est venue à mon chevet parce déjà elle m’avait vue avant d’être opérée et je lui avais dit que j’étais extrêmement angoissée face à l’anesthésie. Elle m’avait dit : « ce n’est rien, tu verras. Je reviendrai te voir après l’opération, tu m’en reparleras. »

En effet, elle est repassée le lendemain et j’ai tout de suite eu les yeux étoiles quand elle m’a posé la question, elle a dit : « mais c’est fabuleux. Une sensation de plénitude aussi intense, jamais je n’ai connu cela. C’est merveilleux. » J’ai vraiment vu que le visage se décomposait, elle m’a dit : « tiens c’est étonnant ce que tu me racontes. »

Avant de m’en dire plus, elle m’a dit : « je vais aller voir le chirurgien. Je vais poser quelques questions. Je vais me renseigner. » Puis, elle est revenue quelques heures plus tard en disant :« j’ai réussi à lui parler, cela n’a pas été facile, mais en effet on ne rêve pas pendant l’anesthésie, donc il s’est passé quelque chose.  Il va venir te voir et il va t’expliquer un petit peu ce qui s’est passé pendant l’opération. »  

Deux heures après à peu près, j’ai vu arriver le chirurgien avec une assistante. Les mains dans les poches d’un ton vraiment assez blasé, il a commencé à m’expliquer que j’avais eu un souci avec l’anesthésie, que j’avais mal réagi, que d’abord je m’étais réveillée, que du coup il avait été obligé de prendre un produit plus fort.

Et ce produit plus fort, je ne l’avais pas supporté que je devais peut-être allergique en tout cas. Ils avaient été obligés de me ramener et en fait oui il m’a bien expliqué qu’on ne rêve pas pendant l’anesthésie que c’était un sommeil chimique. Et ce que j’ai vu, alors lui, il l’expliquait en disant que cela pouvait être une hallucination due au manque d’oxygène puisque le cerveau était privé d’oxygène.

Pour moi déjà, l’explication me paraissait curieuse parce qu’un cerveau privé d’oxygène qui ne travaille plus, comment pourrait-il halluciner ? Il faut quand même qu’il fonctionne pour halluciner. Ensuite, je me suis dit quand même que cette chaleur. Alors, sa réaction c’était de me dire : « non, mais de toute façon, ce n’est pas cohérent. Cela ne peut pas être cohérent. »    

 

Du coup pour lui prouver que c’était extrêmement cohérent, je lui ai répété tous ses propos, mot pour mot :

  • Il a insulté l’anesthésiste en disant comment il allait expliquer aux parents qu’il perde une jeune fille de 16 ans en pleine santé pendant une opération aussi bénigne et il a insulté tout le monde.
  • Il y a une infirmière qui s’est mise à pleurer. L’anesthésiste a pris un autre produit dans le tiroir qui l’a mis dans une seringue. Ce que je n’ai pas vu par contre c’est qu’on me l’a injecté en plein cœur. Mais cela par contre, je n’ai pas pu le dire. Je ne l’ai pas vu, mais j’ai pu raconter tout jusque-là.

Le fait que je sache tout, là, il est resté vraiment très étonné. J’ai vu son regard, il était très intéressé et il a demandé à son assistante de me donner un papier.

C’était une photocopie de plusieurs témoignages. Alors, il y en avait trois ou quatre. Il y avait un russe, un mexicain, un américain et un argentin qui racontaient leur Expérience de Mort Imminente. Et là, on mettait un mot pour la première fois sur cet état fabuleux parce que je n’avais pas du tout conscience d’avoir quitté la vie.

Du coup, du haut de mes 16 ans évidemment, je n’avais plus jamais vraiment les mêmes centres d’intérêt derrière cela. Je voyais les choses un petit peu différemment et je pense que cela a été un véritable virage dans ma vie.

 

Kristine Jouaux : Oui alors, on imagine qu’après avoir vécu une expérience comme cela à l’âge de 16 ans, c’est jeune quand même. Cela doit pas mal bouleverser et changer ton quotidien par la suite quand tu te rends compte de ce que tu as vécu. Est-ce que tu crois que tu avais cette prise de conscience à ce moment-là, que tu avais vécu quelque chose d’un peu inordinaire, peu ordinaire ?

 

Lydie Lefebvre : La première chose, c’est de se dire que c’était juste merveilleux. Moi, c’était extraordinaire. Pour moi, j’avais trouvé une paix que je n’avais jamais connue sur cette terre. Puis d’un autre côté, voir cette photocopie dans les mains de ces témoignages. En plus, je me disais, mais c’est les gens qui sont vraiment dans le monde entier. Géographiquement, je me disais que c’est étonnant que tout le monde raconte à peu près la même chose et c’est devenu vraiment une grande curiosité.

Lydie Lefebvre

Mais du coup, toute ma vie est derrière cela. La curiosité m’a envahie. En tant que gamine de 16 ans, je n’étais plus intéressée du tout par les mêmes choses que mes semblables. Donc, je suis rentrée chez moi avec, déjà j’ai fait des recherches d’ouvrage sur le sujet, comprendre pourquoi tout le monde raconte la même chose, savoir si d’autres religions disent la même chose également, si la croyance avait une importance là-dedans.

Comment moi pouvais-je m’approprier ce moment-là hors du temps, hors de ma vie, et pas à courir me jeter d’une falaise pour pouvoir retrouver cette plénitude parce qu’il y a un côté grisant. C’est étonnant parce qu’on est très curieux, j’étais très curieuse de la vie avec un véritable appétit, mais je n’avais pas l’envie d’aller le retrouver. Même si la sérénité, je savais qu’elle existait, je n’avais pas envie d’arrêter de vivre pour autant pour la retrouver.

 

Kristine Jouaux : La sérénité.

 

Lydie Lefebvre : La sérénité. Parce que la sérénité, pour moi du haut de mes 16 ans, elle ne faisait que passer quelques instants, je ne sais pas, comme toutes les émotions, comme les couleurs de l’arc-en-ciel en fait. On passe sans arrêt d’une couleur à l’autre. J’avais des moments sereins, mais cela ne se figeait pas et il y avait toujours quelque chose comme un flow. La vie coulait et la vie avait son rythme, comme une danse. Par moment, il y avait des moments sereins puis elle reprenait un autre rythme.

Et là pour le coup, même si cette sérénité, elle m’avait vraiment subjuguée, je pense que ce qui comptait vraiment, c’était d’arriver à comprendre ce qu’était ce moment. Et la première des curiosités, c’était cela. Puis, cela fait tache d’huile parce qu’on dévore des ouvrages puis on commence à comprendre que l’esprit a une vie. On appelle cela la spiritualité. Je n’étais donc pas curieuse d’une religion en particulier. Non ! Tout ce qui était spirituel m’intéressait à tous les niveaux.

Du coup, j’avais besoin de comprendre aussi bien l’ermite. Il y avait une chose que j’avais du mal, je me souviens. La question que je me posais souvent, c’était je me disais : mais comment font les gens enfermés et qui prient toute l’année pour ce monde. Pour moi, le monde, il fallait vraiment le parcourir. Il fallait l’expérimenter. Il fallait apporter du vivant partout où on était et pouvoir donner une lueur à ce monde. Je ne comprenais pas qu’on aille s’enfermer pour prier.

Lydie Lefebvre

Cela, c’était la seule chose que j’avais du mal à comprendre.

Mais, je repoussais toujours toutes les limites de la compréhension. Je n’avais plus envie de juger. J’ai envie de comprendre et cela devenait le moteur, mais alors un moteur très puissant. Évidemment, à un âge où on se juge au vêtement qu’on porte, savoir si on fait partie du même groupe social, etc., j’étais complètement décalée.

J’écoutais beaucoup plus mes ressentis. Mes sens, pour moi, étaient quelque chose de merveilleux. Il m’a formé sur plein de choses. Donc, j’ai découvert des choses derrière cela que j’étais capable de faire que je ne l’aurais pas cru capable ou je n’aurais tout simplement pas imaginé qu’on puisse faire ce genre de choses.

J’arrivais quelque part, je pouvais ressentir l’ambiance dans les murs. C’est très étonnant, mais j’arrivais dans une maison où je me disais : c’est marrant cette maison, elle a vécu ceci, elle a vécu cela. Je ne sais pas si c’est une forme d’empathie hyper développée ou une résonance. Je ne saurais pas l’expliquer, mais c’est arrivé derrière. J’ai vraiment commencé à lire les gens et à lire les endroits différemment.

 

Kristine Jouaux : Une sensibilité augmentée, en quelque sorte.

 

Lydie Lefebvre : Complètement ! Une hypersensibilité. Avant cela, j’avais déjà une sensibilité. Je sais que j’étais curieuse. En plus, cela m’attirait. Mais là vraiment, c’était d’ailleurs très troublant, très déstabilisant parce que c’est un peu comme si vous n’aviez jamais conduit et on vous met entre les mains une voiture de sport.

Il y a donc une voiture puissante, une Ferrari. Imaginons que c’est la première fois que vous êtes au volant. Vous arrivez à la démarrer, mais pour la maîtriser, en plus bon il faut rappeler que j’avais 16 ans, c’est vrai que du haut des 16 ans, on est déjà dans l’adolescence. On est déjà à la découverte de soi. Donc là, c’est la découverte de soi plus, plus, plus avec découverte du potentiel humain, vraiment en étant, comment dire…, presque noyé là-dedans.

Mais bon, en même temps sans s’y perdre parce qu’en fait au départ on essaie de faire un petit peu comme tout le monde et de se camoufler, de cacher qu’on a cette personnalité, cette richesse, ce vécu. D’ailleurs, je suis très heureuse de pouvoir en témoigner parce que je pense que plein de gens n’osent pas trop en parler de peur de passer pour quelqu’un d’illuminé ou d’allumé.

 

Kristine Jouaux : C’est encore tabou.

 

Lydie Lefebvre : C’est encore tabou. Sincèrement, cela l’est. On nous regarde quand on en parle un peu comme si on était une bête curieuse ou un mouton à cinq pattes ou je ne sais pas. Il y a toujours un regard : bon, vous avez vécu cela. Alors ! Alors ! Alors !

Alors moi, cela m’a beaucoup servi dans ma vie de l’avoir vécu. Enfin en tout cas, j’ai peut-être eu la capacité, la résilience de me dire que j’allais en faire quelque chose et que ce quelque chose pouvait m’apporter à moi et aux autres.

 

Kristine Jouaux : À 16 ans, est-ce que c’était la première anesthésie que tu avais à ce moment-là ?

 

Lydie Lefebvre : Alors en effet, c’était la première anesthésie générale, mais on avait déjà remarqué que j’avais un problème avec les anesthésiants parce que pour des soins dentaires, il fallait m’injecter trois ou quatre fois la dose normalement pour une jeune fille de mon âge avec mon poids. Je me souviens que pour une extraction de dents une fois, il a fallu sept injections avant que je sois anesthésiée.

 

Kristine Jouaux : Cela, c’était avant les 16 ans.

 

Lydie Lefebvre : Avant les 16 ans déjà. Donc, c’est vrai qu’au niveau de l’anesthésie plus tard, il a fallu m’opérer et là j’étais en panique complète. J’avais 43 ans.

Vraiment, c’était impossible pour moi d’accepter l’opération. J’ai vraiment insisté lourdement. Alors, le premier anesthésiste n’en a pas tenu compte au rendez-vous et il m’a dit : « non, mais cela, c’est parce que vous êtes angoissée en ce moment madame. Vous voyez les choses en noir, mais ne vous inquiétez pas. Ce n’est rien. On va vous enlever cette hernie. Il n’y a pas de souci. » J’ai dit : « non, mais j’ai déjà eu un problème. »

En fait, il n’écoutait pas en disant : « non, ne vous inquiétez pas, les produits ont évolué depuis, les choses ont changé… » En fait, il m’a confié les papiers du rendez-vous. À la fin, il avait pris quelques notes et me dit : « vous allez régler la consultation à ma secrétaire. Cela ne vous embête pas de déposer ces papiers. » J’ai dit : « non, pas de problème. » J’ai pris les papiers.

Et en fait dans le couloir, j’ai sorti mon stylo et j’ai mis un petit triangle avec un point d’exclamation sur le papier en bas en marquant : risque de choc anaphylactique. Puisqu’on m’avait pas écoutée, j’ai fait de la résistance. J’ai décidé que je passerai le message parce que je savais très bien que l’anesthésiste que l’on voit le jour de la préparation d’opération n’est pas forcément celui qu’on aura le jour de l’opération.

Donc, je voulais que son collègue ait l’information puisqu’il n’avait pas noté ce que je racontais et que pour lui en plus de cela comme je n’avais pas de dossier médical a présenté, à cette époque-là on parle des années 80, il y avait du choc anaphylactique, il n’y avait pas le même suivi médical qu’il y a aujourd’hui.

 

Kristine Jouaux : Parce que tu as fait un choc anaphylactique à quel moment ?

 

Lydie Lefebvre : Pour l’appendicite en 1986. Donc du coup, cette information, je ne pouvais pas la lui donner puisqu’il me disait : « vous avez un dossier médical, vous avez un produit ou quelque chose…? »

 

Kristine Jouaux : Ce n’était pas noté dans un dossier quelque part.

 

Lydie Lefebvre : Rien ne m’avait été donné. Donc moi, je n’avais pas les documents même si peut-être il y avait quelque part quelque chose de noté, mais en tout cas il n’y avait pas le même suivi à l’époque qu’aujourd’hui. C’est un petit peu différent aujourd’hui quand même. Donc du coup, j’ai pris le risque d’écrire sur le papier cette information pour que l’autre anesthésiste soit informé.

Lydie Lefebvre en vacances

En effet, jour de l’opération, il est sorti du blog. Il est arrivé en charlotte avec ses chaussons dans la chambre en me disant : « mais qui a écrit cela ? » J’ai dit : « c’est moi. – Pourquoi vous avez écrit cela ? Sur quoi vous vous basez ? » Donc, il a pris le temps de m’écouter. Je lui ai dit : « je ne peux pas vous dire que j’ai fait une réaction à tel produit parce que je n’ai pas l’information, mais par contre ce que je peux vous décrire, c’est ce qui se passe quand votre cœur s’arrête. Cela, je peux absolument vous le décrire. »

Il m’a cru. Du coup, il m’a dit : « écoutez, on n’est pas dans l’urgence. Cette opération, elle peut être reportée. On va la reporter.  On va faire des tests pour voir à quoi vous êtes allergique et surtout on va demander les archives de votre opération. » Donc du coup, trois mois plus tard, j’étais à nouveau hospitalisée pour une journée où on a mis des micro-gouttelettes de produits anesthésiants dans mon dos. Alors, il y a plein de produits que l’on teste.

En fait, la réaction était au curare. La micro-gouttelette qui a été mise dans le port de ma peau a fait un kyste qui a duré trois mois et je suis allergique au curare de telle sorte que la moindre goutte dans mon sang me tuerait.

 

Kristine Jouaux : D’accord ! Quand même !

 

Lydie Lefebvre : Quand même ! Et en effet, quand on a obtenu les archives de l’opération de l’appendicite, on s’est aperçu qu’en effet c’était un dérivé du curare.

Donc, il y avait toutes les chances pour que je réagisse. La vérité voyait le jour. En fait, j’avais enfin un document qui prouvait que tout ce que je racontais, puis les techniciens ont fait un compte rendu opératoire, qu’il y avait eu des problèmes et qu’on a été obligé de m’injecter une dose… dans le cœur.

 

Kristine Jouaux : Mais par contre, ce qui est d’une expérience un peu extraordinaire, tu n’en as pas revécu.

 

Lydie Lefebvre : Non. Cela, je n’ai pas revécu puisqu’après plus aucun chirurgien n’a pris la décision de m’ouvrir en anesthésie générale. Ils ont tous fait ce qu’ils appellent l’ambulatoire. J’ai resubi deux interventions. Une où j’étais déjà endormie, mais vraiment en fait avec un goutte-à-goutte d’anesthésiant qui est diffusé d’un produit bien sûr que je supportais, qui me laissait toujours comment dire…

 

Kristine Jouaux : Consciente…?

 

Lydie Lefebvre : Pas tout à fait consciente, non. Vraiment où on commence déjà à ne pas entendre, à ne plus être là, mais en tout cas ce n’est pas le même procédé que celui que j’avais lors de l’appendicite. Puis la deuxième fois l’anesthésiant, cela a été une anesthésie locale. Donc, c’était une grosse intervention qui a duré deux heures et demie en anesthésie locale. Là, sincèrement, je ne le souhaite à personne. C’est vraiment une torture.

Mais bon en fait, j’avais enfin les explications, des mots sur les années après. Maintenant, je sais pouvoir dire à quoi je suis allergique. Puis, j’ai acheté un très beau stylo pour remercier cet anesthésiste, ce docteur parce qu’il m’a dit : « j’ai juste fait mon métier. »

J’ai dit oui, mais vous avez le cran de dire non, d’empêcher l’opération parce qu’il avait eu de la pression de ses collègues, notamment du chirurgien pour aller vite au bloc et de dire : « non, on va aller vérifier et on va savoir exactement ce qui s’est passé. » Si ce monsieur ne s’était pas donné cette peine, je serais toujours potentiellement capable d’être tuée par un anesthésiste qui voudrait juste me sauver la vie.

 

Kristine Jouaux : Contradictoirement.

 

Lydie Lefebvre : Voilà. C’est cela qui est quand même assez fou. Le fait est, c’est que cette expérience en fait, elle a eu pour moi, même encore des années après, même maintenant, chaque fois que quelqu’un vit un décès ou s’apprête, moi j’ai connu des gens en fin de vie, c’est d’ailleurs à cela que cela m’a servi.

Toutes les personnes dont j’approche qui ont un regard sur la mort sans tabou parce que dans ce pays c’est très tabou. Dans la culture, c’est très tabou. Mais je peux, grâce à mon message, à mon expérience, rassurer déjà. Rassurer.

 

Kristine Jouaux : C’est énorme.

 

Lydie Lefebvre : Oui. Je pense que c’est à cela que cela me sert essentiellement.

 

Kristine Jouaux : Cette expérience, est-ce que tu peux nous dire en guise de conclusion ce que cela t’a apporté dans la vie, peut-être ?

 

Lydie Lefebvre : Alors, cela m’a apporté quelque chose d’absolument merveilleux parce que quand on y regarde bien, déjà j’ai la certitude depuis cet instant-là qu’il y a une heure. Fatalement pour moi, à chaque instant que je vis, ce n’est pas l’heure. Donc, je me soucie très peu de la peur. L’angoisse, ce n’est pas présent. Je n’ai pas la peur de la mort.

Lydie Lefebvre

Alors souvent, les gens disent : je n’ai pas peur de la mort. Mais pour moi, c’est presque une amie avec qui j’ai rendez-vous un jour. Je sais que c’est un vrai cadeau de vivre. Je me dis que chaque instant, chaque moment que je traverse, je traverse dans l’amour parce que même dans la spiritualité, on croise des gens qui ont peur, qui avancent et qui cheminent par rapport à leur peur.

Pour moi la peur, c’est vraiment quelque chose qui peut sauver la vie quand vraiment la maison brûle. Mais toutes les fois où la maison ne brûle pas et qu’on focalise sur nos peurs, on se prive d’une grande liberté, d’une grande énergie. On se prive de tant de choses. Donc, c’est vrai que cette transformation, cette expérience, je pense, m’a apporté un amour pour la vie, un amour pour les êtres et pour la compréhension des choses.

Je crois que le plus beau cadeau, c’est vraiment de se dire que derrière cela, c’est l’amour qui m’anime, puis l’amour de tout quoi, l’amour de ce que je traverse aussi bien de regarder un arbre que de croiser des gens. En tout, pas forcément un amour comme beaucoup de gens le voient, comme un amour de possession. Je suis plus dans l’admiration de ce que l’on traverse et dans la compréhension de ce que l’on traverse et c’est un vrai cadeau.

 

Kristine Jouaux : Merci Lydie. C’est vraiment un très beau témoignage que tu nous as fait là aujourd’hui.

 

Lydie Lefebvre : Merci.

 

Kristine Jouaux : Merci beaucoup.

 

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